Chronique d'une JF célibataire - Chapitre 6           Â

Décembre, le froid, les flocons, les villes qui se parent de lumières. Envie de neige, envie de se blottir chez soi dans une couette bien moelleuse. Les copines parlent de réveillon en amoureux, et moi ... Je suis toujours seule. Alors, peut-être (non, c'est même certain), est-ce cette ambiance appelant à la chaleur des bras d'un homme autour de soi devant un sapin, qui m'a permis de laisser tomber mes préjugés et d'accepter une invitation.
Cette invitation je l'ai toujours refusée. D'abord, je n'ai pas envie d'être une bête de foire : "Bonjour, je suis la dernière célibataire du groupe. Non, je n'ai pas de problème de sociabilité. Oui je suis bien à la recherche d'un homme. Non, je n'ai pas un déséquilibre affectif qui les fait fuir." Ensuite, j'ai toujours pensé que mes amies se sentaient "obligées" de m'inviter à leur dîner de couple pour éviter que je ne me crois délaissée par le groupe. Enfin, je ne supportais pas que chaque homme qui passait près de moi soit sujet à leur "Et lui alors ? Qu'est-ce que t'en penses ?". L'envie qu'elles ont de me "marier" est de plus en plus pressante au fur et à mesure que je m'enfonce dans une sorte de rejet de toute espèce masculine et dénigre même leurs hommes.
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Cette fois-ci, j'ai craqué. J'étais entrain de faire mon shopping du week-end (à défaut d'amour, on se console comme on peut), quand j'ai reçu le coup de fil de ma copine n°4. Elle m'a proposé de les rejoindre le soir même plus par politesse et habitude qu'autre chose. Au même moment, j'ai croisé un couple, les bras chargés de cadeaux, l'air radieux. Mon Noël en célibataire m'a parut tellement triste, que je me suis entendue répondre "Ok ça va, je viens." Il y a eu un blanc. Je crois qu'elle a digéré ma réponse, a vérifié que son oreille avait correctement saisi l'information. Ravie. Au moins, je lui aurais fait plaisir. Elle s'est mise à me déballer un tel flot de paroles que je n'ai saisi que quelques brides. Pour résumer, elle me disait avoir invité un collègue de travail de son mari, lui aussi architecte, lui aussi célibataire. Blond, beaux yeux verts, grand, élancé, mince et athlétique. L'homme parfait quoi. Elle a conclu par un : "Fais moi confiance, tu ne vas pas le regretter. Celui-là , il est fait pour toi !" J'ai poursuivi ma course aux magasins (fallait bien que je me trouve une tenue pour ma soirée) tout en repensant à sa description. Si ce monsieur était comme elle me l'avait décrit, il y avait toutes les chances pour qu'il me plaise (beaucoup).
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J'ai mis toutes les chances de mon côté. J'ai sorti ma plus belle robe (tout juste achetée avec les six autres tenues complètes prises "au cas où"), bataillé une heure pour lisser ma crinière déchaînée par le vent (tornade), corrigé mon maquillage qui me faisait des yeux de panda (c'est pas sexy un panda), me suis chaussée de hauts talons pour atteindre la bouche ... euh ... le visage (non, je ne m'emballe pas) de mon futur interlocuteur. Je me suis auto-félicitée et auto-complimentée ("Wahou, toi t'es trop canon ! Si j'étais un mec, j'me sauterais dessus" - qui peut me complimenter sinon moi-même ?). A 19 heures tapantes, je sonnais à la porte. Pile à l'heure, encore plus ponctuelle qu'une horloge suisse. Le regard de ma copine en a dit long quand elle m'a ouvert. Un air qui voulait dire "Toi, t'as mis le paquet, t'es trop au top, et tu vas le faire craquer." Ok, on lit ce qu'on veut dans les yeux. Nous sommes passées dans son salon. J'ai salué son mari, ses copains et copines que je connaissais déjà . Et je l'ai vu. L'Homme avec un grand H. En tout point identique à sa description. Les yeux bleus au lieu de verts, mais ça va, je lui pardonne son erreur. Musclé, le genre surfeur californien. Un alignement de dents plus blanches que Colgate nous le promet. Et j'ai vu sa femme après. La brune qui lui a attrapé la main, l'a appelé "Chéri", et lui a peloté les fesses. Renseignements pris auprès de ma copine après un "Mais tu crois que j'veux faire ménage à trois ou quoi ?", ce n'était pas lui. Un sosie. Le "mien" est mieux. J'attends de voir. Evidemment, il est en retard. Il a suffit que je m'éclipse deux minutes pour qu'il fasse son entrée et que je me retrouve la dernière arrivée à table. L'homme face à moi dépassait tout ce que j'aurais pu imaginer. J'ai regardé ma copine qui a levé le pouce et m'a fait un clin d'oeil, enchantée devant mon air stupéfait.
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C'était donc un collègue à son mari. Un architecte talentueux et plein d'avenir au sein de leur boîte. Blond comme les blés, du moins sur le peu de cheveux qu'il lui restait malgré ses 35 ans. Ses yeux étaient bien verts. Enfin, je pense. Ils étaient cachés derrière des lunettes à monture en écailles que même mon grand-père n'aurait pas osé porter de peur de s'attirer la honte modesque de sa vie. Les verres étaient tellement épais qu'effectivement, ses yeux paraissaient grands. L'effet loupe. Grand et élancé. Là encore, aucun problème. Pas d'erreur sur la taille. Même assis, il semblait debout. Elancé, et mince ... Je dirais plutôt maigre. Athlétique ? Ou ses trois épaisseurs de pulls cachaient un corps fait de tablettes en chocolat, ou elles dissimulaient ses os (même pas en chocolat). J'optais pour la solution numéro 2. Par curiosité, je lui ai demandé quel sport il pratiquait vu qu'on m'avait dit que c'était un athlète.
"Un peu de pétanque quand je vais en vacances, et du vélib certains jours." fut sa réponse. J'ai failli lui rétorquer qu'il devrait concourir aux J.O mais je me suis abstenue de toute répartie ironique, la nature s'était déjà suffisamment acharnée sur lui pour que j'en rajoute une couche (remarque, il aurait eu des muscles ainsi). Tout le long du repas, il a cru bon de me courtiser malgré mes regards noirs et mes répliques limites assassines. J'ai été saoulée de cours sur la création de plans et autres réjouissances architecturales dont je me fous éperdument. Au digestif, ma copine m'a entraîné dans la cuisine et j'ai eu droit au "Alooooorss ?" bouche en coeur, yeux brillants d'excitation. Je l'ai franchement déçue avec ma réponse. En fait, j'ai carrément déversé tout un flot d'obscénités (que je ne vous retranscriraient pas) et ai terminé par une moquerie ouverte sur le physique du prétendant. Je sais, c'est moche, mais j'étais très contrariée et très remontée. Il s'est avéré que toute l'assemblée a profité de notre conversation. J'aurais du avoir honte. Même pas. J'ai attrapé mon sac LV et je suis partie en claquant la porte la tête haute. Fini les intermédiaires et les conseils. Je vais me débrouiller seule et je parie que je vais le dégoter plus vite qu'on ne le pense l'homme parfait.
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Rédactrice
Jessica  Giovagnoli
L'écriture, Jessica y est tombée dès son plus jeune âge. Commençant par inventer des tas d'histoires qu'elle enregistrait sur son magnétophone, elle s'est ensuite mise à les rédiger accumulant nombre de nouvelles. Adolescente, elle s'essaye à la musique et compose une centaine de textes. Parallèlement, elle démarche les magazines et devient pigiste à 16 ans pour un magazine musical. Quelques années plus tard, elle co-fonde un e-zine et y fait ses débuts en tant que rédactrice. Mais c'est à 22 ans que les choses évoluent puisqu'elle franchit un grand pas en se lançant dans l'écriture de son premier roman intitulé "About a Girl" dont elle choisit de publier chaque semaine une page sur son blog. Aujourd'hui, elle recherche un éditeur qui lui permettrait de voir son projet se concrétiser.
http://about-a-girl.over-blog.com
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